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Près de 30 000 malades en France

En France, 28 000 à 30 000 personnes sont malades du sida, selon les derniers chiffres du bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publiés par l’institut de veille sanitaire ce lundi à l’occasion de la 20eme journée de lutte contre le sida. 130 000 à 140 000 personnes seraient séropositives (porteuses du virus mais non déclarées malades). Signe d’espoir : Le nombre de nouvelles infections est en baisse. 6500 personnes ont découvert leur séropositivité l’an dernier contre 7500 en 2004 et 7000 en 2006.

Enfin, on estime à 30 000 le nombre de personnes qui ignoreraient qu’elles sont séropositives.

Baisse de vigilance chez les homosexuels Les hommes sont toujours plus touchés que les femmes. Et cette tendance s’accentue. 65% des séropositifs sont des hommes contre 58% en 2003. Cette hausse s’explique par l’augmentation constante des cas d’infection chez les homosexuels. Selon le BEH, les homosexuels « continuent à avoir des comportements à risque vis-à-vis du VIH ». C’est l’ effet étonnament pervers de l’efficacité croissante des multithérapies antirétrovirales, de la moindre fréquence de leurs effets indésirables et de la simplification considérable des prises médicamenteuses. De 26% des personnes contaminées en 2003, les homosexuels représentent désormais 38% des personnes contaminées en 2007.

Les chiffres en détail

  • 60 % des séropositifs ont été contaminés par des rapports hétérosexuels : 98% chez les femmes et 39% chez les hommes.
  • Les usagers de drogue injectable ne représentent que 2% des personnes ayant découvert leur séropositivité en 2007.
  • La quasi totalité des 162 enfants découverts séropositifs, entre 2003 et 2007, a été contaminés par transmission materno-foetale.
  • Dépistage encore trop tardif Cinq millions de tests VIH ont été réalisés en 2007 en France. On estime qu’environ 30.000 personnes ignoreraient qu’elles sont infectées et « les campagnes de prévention s’essoufflent ». Il faudrait « diagnostiquer plus précocement ».
  • Les taux de sida les plus élevés en 2007 ont été diagnostiqués en Guyane (342 pour un million d’habitants) et en Guadeloupe (163). La mortalité (809 décès en 2006) continue à baisser, mais légèrement.

Dans un commentaire sur le dossier, le chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital saint-Antoine, le Pr Pierre-Marie Girard, souligne qu’ « il faut encore et toujours parler du sida ». Sous peine d’une recrudescence silencieuse.

« En banlieue, personne ne parle du sida ».

IL A DÉCIMÉ la moitié de sa famille - deux frères et une soeur - et la plupart de ses amis du quartier de la Poterne, à Massy-Palaiseau (Essonne). « Dans les cités, le sida a tué toute une génération, ceux qui avaient 20 ans dans les années 1990, raconte Joachim, alias Kimo, 38 ans, qui vit, grâce aux multithérapies, avec le virus dans le sang depuis 1989. Mais personne n’en parle. En banlieue, cette maladie est encore plus taboue qu’ailleurs. »

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, et grâce à un livre qu’il vient de publier*, Kimo espère attirer l’attention des pouvoirs publics sur les « oubliés » du virus, selon lui : ceux des quartiers. « Il y a le sida du Marais (NDLR : quartier branché de Paris) et le sida des banlieues, dénonce Reda Sadki, porte-parole du Comité des familles pour survivre au sida. Les malades du premier bénéficient de l’attention des grandes associations nationales. Ceux des quartiers n’ont le droit à rien. » Le Comité vient d’ailleurs d’écrire une lettre ouverte à Carla Bruni-Sarkozy afin de sensibiliser la première dame de France, qui vient d’annoncer son engagement dans la lutte contre la maladie.

« Les jeunes qui sont infectés ont honte »

C’est à l’âge de 18 ans que Kimo apprend qu’il est infecté par le VIH. « A l’époque, la plupart des jeunes des cités prenaient de l’héroïne. C’était la drogue à la mode dans les milieux défavorisés. On ne parlait pas de prévention, de seringues neuves, etc. De plus, il y avait beaucoup moins d’associations et d’information que dans la capitale. » Selon Kimo, cette discrimination est aujourd’hui toujours de mise. « Lorsqu’on a le sida, cela reste beaucoup plus difficile à vivre en banlieue. La plupart des personnes qui peuvent aider les malades se trouvent dans la capitale. Il y a certes des services hospitaliers, quelques antennes d’associations, mais pas assez. Du coup, les jeunes qui sont infectés ne savent pas à qui s’adresser. Ils ont honte, se cachent. Résultat, ils ne se soignent pas, ce qui est une catastrophe. »

Seconde raison : le poids des traditions, parfois la religion, qui empêche les malades de sortir de l’ombre. Kimo n’a pas révélé son infection durant près de dix ans. Dans la cité, sa maladie commence cependant à se savoir. « Il suffit qu’on aille chercher sa trithérapie à la pharmacie du coin pour que tout le quartier soit au courant... explique le jeune homme. Certaines personnes m’ont rejeté du jour au lendemain. Mes vrais amis, eux, sont restés. » C’est une femme, Laurène, rencontrée il y a douze ans, qui va le convaincre de relever la tête et de raconter son histoire dans un livre. « Le jour où j’ai fait sa connaissance, un type de la cité lui a téléphoné pour lui dire que j’étais séropositif, et qu’il fallait qu’elle reste loin de moi. Il ne s’était encore rien passé... Heureusement, elle est venue m’en parler. Et depuis, on ne s’est plus quittés. »

Malgré la maladie, le couple a bien l’intention d’avoir un enfant, par procréation médicale assistée afin d’ôter toute trace de virus du sperme de Kimo. « Ceux qui viennent d’apprendre qu’ils sont séropositifs doivent savoir qu’une vie est possible, affirme Kimo. Et surtout, qu’on se sent beaucoup mieux lorsqu’on ne la cache pas et que l’on se soigne. »

* « T’es toujours en vie, toi ? » (le Cherche Midi, 15 euros).

Auteur: Alain Leclair, le 20 mars 2009